Vous avez dit PUTACLIC ?

Putaquoi ? PUTACLIC. Pour les moins de 25 ans, ce terme, c’est une évidence. Pour les sympathisants du minitel et du Nokia 3310, c’est un peu plus compliqué. Cet article va vous aider à comprendre dans quelle merveilleuse époque nous vivons :

Toujours pas compris le principe du putaclicisme aiguë ?

Définition de Putaclic

La définition est très simple : contenu web destiné exclusivement à attirer le maximum de passages d’internautes afin de générer des revenus publicitaires en ligne, au mépris de toute autre considération. Pour ce faire, il s’appuie sur un titre racoleur, voire mensonger, et sur des éléments sensationnels ou émotionnels au détriment de la qualité ou de l’exactitude‘.

En français pré-internet, nous aurions parlé d’un titre racoleur, entraînant, voire aguicheur. Les procédés de vente étaient-ils les mêmes dans les années 70 ? Coluche se moquait déjà des pubs de l’époque, avec le linge ‘plus blanc que blanc‘. Mais la concurrence s’est très clairement intensifiée et mondialisée. A l’instar de Twitch et Instagram, les Youtubeurs ont très souvent les mêmes codes putaclics. Et ils n’ont pas vraiment le choix s’ils veulent rester dans le game ! Un exemple :

Lord of what ?

TOUJOURS le même format : un titre en gras et une photo aguicheuse qui vous donnera envie de cliquer. Peut-on m’expliquer, pour une vidéo parlant du marché de l’armement, d’avoir un avion de chasse une femme au physique avantageux tenant une arme dans les mains ?

Quels sont les sujets les plus PUTACLICs ?

Une immense majorité d’entre vous est sur l’un des réseaux suivants : Facebook, Twitter, Instagram, Youtube ou Spotify(podcasts). Avant de mettre 2-3 tacles à certains, voici la liste des sujets les plus putaclics en 2019. Sans surprise :

-La religion, et plus particulièrement l’Islam. De temps en temps, un peu d’antisémitisme, de temps en temps, un peu de chrétiens d’Orient, mais surtout l’Islam. Dès que le sujet est abordé, les commentaires s’enflamment, les algorithmes de Google/Instagram adorent ça.

‘Je ne suis pas raciste, le voisin d’un ami est 1/4 Tunisien’

NB : sur Facebook, pour les sujets sensibles (et c’est souvent le cas avec la religion), vous verrez très souvent plus de commentaires que de likes sur les sujets. Gardez cela en tête, et pensez-y la semaine à venir...

-Le Féminisme : Depuis 2 ans et l’arrivée du mouvement #metoo, impossible de passer à côté. Rappel amical, si vous n’avez pas lu mon article dessus : le féminisme existe depuis plus de cent ans, et le mettre à toutes les sauces tous les jours devient vraiment fatiguant.

Wait for it France Culture…

L’environnement, et surtout… Greta

Parler d’écologie, c’est très vendeur. Faire des polémiques, c’est encore mieux. Alors quand on peut détourner le fond et polémiquer sur la forme, on tape sur une enfant de 16 ans, comme Michel Onfray sur Greta Thunberg. Toujours mieux de cracher son venin et de rappeler aux médias qu’on existe, avant de vendre un livre. Quand une personne est faible, elle n’attaque pas le message, mais le messager.

‘Manu, écolo ? PARDON ?’

Le véganisme : il est certes lié aux questions environnementales, mais lui aussi, il fait parler de lui outre mesure. Rappel : certains étaient déjà végétariens, voire vegans, il y a 2000 ans.
-Les gilets jaunes : très très pratique ! Méthode BFM : filmer un abruti qui casse tout, généraliser, et finir par dire qu’il est antisémite quand il traite de connard Finkielkraut. Ensuite, mélanger le tout, et assurer 72h de direct avec une belle audience.
-le SEXE : sans aucune comparaison possible, il est le grand gagnant de notre concours PUTACLIC ! Quoi de mieux qu’une paire de fesses pour vous donner envie de cliquer ?

Vous voulez qu’on écoute votre musique ? Mettez des fesses en photo. Logique non ? J’ai une pensée amicale pour Nabilla, qui évidemment, s’est faite connaitre pour son intelligence et sa vision prophétique pour la société.

Neo- Journalisme et course au clic

Cela fait 15 ans que je lis la presse quotidiennement. 15 ans que je m’intéresse à la politique, 15 ans que je vois les lignes éditoriales des journaux évoluer, à gauche pour certains, très à droite pour d’autres… En revanche, j’ai bien trouvé un point commun à tout le monde : le sensationnalisme. Tout est grave, impardonnable, catégorique et catégorisé. Ainsi, vous trouverez deux façons d’aborder un sujet. Prenez les MGTOW par exemple. En première page google, vous trouverez ceci :

Slate, les rois du Putaclic, 1ère position des recherches Google

Et…

Bon Pote, qui n’a rien compris

Slate donne ici une vraie leçon de néo-journalisme : traiter d’un sujet avec des mots extrémistes, voire violents, qui vous donneront envie de cliquer. De mon côté, j’ai repris la définition du mouvement…. Comme je l’ai fait pour le féminisme ou les skinheads. ERREUR ! Pour présenter un sujet, prendre un abruti qui se réclame du mouvement, le généraliser, et le mettre en titre (en MAJUSCULES DE PRÉFÉRENCE). Plus besoin de creuser et d’approfondir, puisque tout le travail repose sur le clique. Vous avez déjà cliqué, trop tard, vous êtes déjà niqu****. Plus la peine de s’embêter à faire de la qualité. Pour le journalisme, on repassera plus tard.

Bien sûr, Slate n’est pas le seul à pratiquer le PUTACLIC. J’ai eu la chance d’avoir les journaux gratuits pendant quelques années, dont le Figaro. C’est peut-être le meilleur exemple que je puisse citer. J’ai commencé à travailler cet article le 12 juillet. Cela fait 4 mois (!!!!) qu’en première page du figaro, il y a systématiquement un article sur (au choix) l’immigration, l’islam, le voile, et parfois même le combo gagnant avec les gilets jaunes.
Même constat avec France Culture. FRANCE CULTURE !!! Moi qui pensais naïvement que j’allais y trouver un refuge pour me cultiver un peu tous les jours….

Il était 8h du matin… Je suis taquin avant le café.

Il n y a vraiment plus aucun échappatoire. Quand je vois qu’un mec comme Idriss Aberkane, qui dit avoir 3 doctorats, pratique les mêmes méthodes PUTACLICs que les autres, ne me demandez pas pourquoi j’aime tant lire des classiques….

3 doctorats, et Youtubeur. Bientôt chez Hanouna, ‘follow me’

C’est à se demander s’il est encore possible de faire du journalisme de qualité, et d’en vivre convenablement. J’aborderai ce sujet dans un article à venir, car cela mérite vraiment d’être développé.

Le mot de la fin

Ces dernières semaines ont été une course effrénée au PUTACLIC. Entre le voile à toutes les sauces, l’anniversaire du début des gilets jaunes, Zemmour par ci, Zemmour par là… La presse s’est livrée à un florilège d’envolées lyriques toutes aussi ridicules les unes que les autres. Cette même presse est bien aidée par le niveau des intellectuels. Rappelez-vous : c’est le remplacement de l’intellectuel universel par l’intellectuel spécifique, puis médiatique qui mène à la pauvreté de ce que nous regardons ou lisons aujourd’hui.

Plus aucune profondeur. Nous consommons des argumentaires rarement plus longs que 140 caractères. ‘Plus le temps de lire vous comprenez ! Résumez-moi votre pensée en une phrase,et avec un peu de chance, elle sera reprise, sortie de son contexte‘.

Je ne le répéterai jamais assez : ne vous arrêtez pas aux 4 infos données par Google news. Croisez vos sources, comparez, critiquez.

Quand je pense que cet article aurait pu se résumer à une simple photo….

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