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Doit-on aimer l’homme ou l’artiste?

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Dieudonné, Michael Jackson, Polanski, Woody Allen, Bertrant Cantat..Voilà déjà deux mois qu’est passé ‘Leaving Neverland’, le documentaire qui accable MJ d’aimer un peu trop les enfants.
Deux mois que je prends mon popcorn, que j’allonge mes jambes, et que je regarde les commentaires sur internet : ‘Pédophile!!’ ‘plus jamais je l’écoute!!’ ‘je préfère écouter JUL!!’ La folie donc. Il fallait bien se poser la question : peut-on aimer l’artiste et faire abstraction de l’homme?

Qui est concerné?

Avant tout, définissons bien les cas qui font débat. Car bien évidemment, certaines erreurs sont plus préjudiciables (et condamnables) que d’autres.
Nous sortirons du débat, tous les hommes et femmes arrêtés en possession de drogue, en possession d’arme, conduite en état d’ivresse, sans permis… Nous avons tous été jeunes un jour non? Personne n’est parfait.
Non, ici, il faut vraiment merder. Il faut être soit pédophile, soit violeur, soit meurtrier, ou encore antisémite. Là oui, ce sont de vraies raisons de détester une personne.
En faisant des recherches, j’ai d’ailleurs été choqué par le nombre d’hommes, acteurs ou chanteurs, qui ont été arrêtés pour violences conjugales… Ils seront exclus du scope, même si bien évidemment, tout homme levant la main sur une femme, est une véritable merde.

Enfin, doit-on juger uniquement les personnes condamnées par la justice? En bon français, nous devrions dire que oui. présemptiondinnoncencepourlesnuls. Mais si tel était le cas, nous ne parlerions pas de Michael Jackson, innocenté deux fois, et François Fillon serait président. En d’autres termes, ce n’est pas parce que tu n’as pas été chopé, que tu n’es pas un en*ulé.

We are the World… We are the children….

Placer les événements dans un contexte historique

Lire ‘Réflexions sur l’esclavage des nègres’ de Condorcet aujourd’hui n’a pas la même sonorité qu’à l’époque. Quand Lolita de Nabokov a été publié, ce fut un scandale. C’est aujourd’hui un classique.
Il est nécessaire de prendre en compte le contexte (historique). Un exemple simple, les années 70 et la libération des mœurs. L’évolution des sanctions et jugements concernant la liberté sexuelle n’avaient rien à voir avec les années 50… Oui, je parle bien de ton papa hippie.

500 pages sur la vie d’un pédophile, ça vous tente?

Juger du passé sans tenir compte des standards de l’époque est une faute grave. Si l’on souhaite s’ériger au rang de juge, comme la justice le fait, il faut savoir se positionner dans un contexte, sinon cela n’a pas de sens.
Ce qui est interdit aujourd’hui, était peut-être autorisé à l’époque.

Révisionnisme de l’art?

Certains critiques littéraires, mécontents qu’il soit dans la Pléiade, proposent de retirer les passages antisémites de Céline dans ses livres. Quelle connerie! Laissez le lecteur lire, apprécier ou non l’oeuvre, et juger par lui même.

Dans le même registre, certaines associations féministes souhaiteraient revoir les films, dès qu’un rapport est défavorable à une femme. Alors que cela permettrait au contraire de montrer le progrès parcouru depuis l’époque dans le combat de l’égalité des sexes.

L’oeuvre demande d’être sincère, et est partie intégrante de l’artiste, autrement, c’est un ersatz.
On ne peut dissocier l’œuvre de l’homme. Une oeuvre est à prendre avec ses contradictions, ses errements, ses regrets. Dire que l’on dissocie l’œuvre de l’homme est au mieux le signe d’une certaine paresse intellectuelle, au pire de la malhonnêteté intellectuelle.

Le cas Kevin Spacey

Voici un cas très personnel. J’ai grandi avec des films comme SEVEN, American Beauty, Usual Suspects… le talent de Spacey est indéniable. J’ai apprécié ces films sans être au courant de sa vie personnelle (je ne savais pas du tout qu’il était bi! Et surtout… j’en ai rien à secouer).
Dois-je remettre en question le plaisir que j’ai eu lorsque j’ai regardé ces films? Non. En revanche, aujourd’hui, en connaissant les faits, j’aurais beaucoup plus de réticence à aller voir quoi que ce soit venant de lui…

Unhappy, Mr Underwood?

Une chose est sûre, c’est que le système nous aide en ce sens : il est grillé de partout! plus d’apparitions télés depuis 2 ans, plus un film, nada. Un peu comme Weinstein, tout le monde savait, à commencer par sa chère amie Oprah, qui s’est empressée de lui cracher dessus à la seconde où le scandale a éclaté. ‘Oprah 2020!!!….. ‘Hypocrisie 2020’

Oprah, la Jawad de la télé américaine : ‘Ah non je n’étais pas au courant’

Privilégier les valeurs éthiques ou esthétiques?

J’ai récemment lu deux livres de Casanova et il est un exemple parfait pour cet article. Cet homme a une plume incroyable, mais a été très largement décrié pour sa vie personnelle. En effet, et il en parle volontiers, quand on a été volage, pédophile et incestueux, il y a de quoi en énerver plus d’un. Mais quel talent d’écriture!
Même chose pour Dickens, qui nous a tous fait rêver avec ses ‘Great expectations’, et bien c’était apparemment une personne horrible…

Des grands chefs d’oeuvre ont été le fruit de personnages à la moralité douteuse. S’il fallait ne retenir que les œuvres de “gens exemplaires” qui respirent la sainteté, il faudrait bannir Victor HUGO qui a engrossé toutes ses domestiques, ROUSSEAU qui a  abandonné ses gosses, GAUGUIN amateur de prostituées à peine majeures…
L’artiste reste l’artiste ! et comme disaient les inconnus  ‘ le reste ne nous regarde pas ‘

Le mot de la fin

Opinions are like assholes. Everyone has one

J’ai mis plus de deux mois à finir cet article. Seule une réponse de normand peut venir à bout d’une question pareille. Si je ne devais retenir qu’une chose, c’est que chacun fait en fonction de sa propre sensibilité.
Cela ne sert à rien de juger une personne s’il apprécie un artiste décrié, car vous êtes certainement fan d’un artiste qui est loin d’être clean.

J’ai pas compris Alain, t’es un super acteur, un gros con raciste, ou les deux?

Nous arrivons à fermer les yeux quand cela ne nous touche pas directement. Un parallèle facile à faire avec les marques de nos vêtements, ou le contenu de nos assiettes. Ce qui nous intéresse, c’est le résultat (c’est sûr qu’après avoir passé une semaine avec un vietnamien de 8 ans en train de fabriquer mes baskets, je serais peut-être un peu moins fier d’avoir la dernière paire de Nike).

La seule chose dont je suis sûr, c’est qu’il ne faut pas toucher à la liberté artistique. L’artiste a le droit d’être irresponsable. Si nous restons dans l’art de l’interprétation, il ne devrait pas y avoir de limites. L’histoire jugera d’elle même l’oeuvre et l’artiste. En aucun cas nous ne devrions modifier une oeuvre pour la rendre plus acceptable.

Enfin, la morale est propre à l’époque, au lieu où nous vivons. N’oublions pas qu’un artiste ou un politique est un citoyen comme un autre et n’est pas au dessus des lois. Ce n’est pas parce que tu vends des millions de disques que tu vas pouvoir battre ta femme à mort, ou violer des enfants. Non Bertrand, tu iras en prison faire le gros dur avec tes camarades en cellule!

Si vous avez aimé l’article, merci de le like, le partager, de commenter, de m’insulter…. toujours avec le sourire 😀

Bon Pote

4 commentaires

  1. Je lis 3lignes et je tombe sur : « Il faut être soit pédophile, soit violeur, soit meurtrier, ou encore antisémite. Là oui, ce sont de vraies raisons de détester une personne »
    Donc c’est officiel, l’utilisation en masse d’un mot qui n’a pas de sens à définitivement prouver la puissance du marketing? L’antisemitisme se porte bien, grâce aux cretins du quotidien , professionnels ou amateurs, qui utilisent ce terme pour le différencier du racisme. Il y aurait donc le racisme, et l’antisemitisme.
    Bravo
    PS: bonne continuation, avec le sourire 🙂

    • Salut Thomas, remarque très pertinente et tu n’es pas le premier à me le faire remarquer! J’ai déjà écrit sur cela : l’antisémitisme est une forme de racisme et en effet, il ne faut en aucun cas les classifier. je suis le premier à m’énerver sur cela (surtout quand nos politiques font l’amalgame). Je faisais ici référence à l’antisémitisme de Céline, mais la liste des raisons pour lesquelles nous pourrions détester un homme est bien sûr non exhaustive !

  2. Excellent sujet. Faire la difference entre un artiste et son oeuvre est difficle pour beaucoup. Aussi tres pertinent vis-a-vis des personnages historiques, pendant longtemps si tu etait riche tu avait des esclaves (voir les peres fondateurs des USA, qui sont eriges en heros par un frange de la population US et decries par une autre pour de fait). L’esclavage est une pratique ignoble, mais l’abolition de l’esclavage a rendu la situation pire pour beaucoup de gens (system des engages ‘volontaires, etc). De nos jours l’esclave est delocalise dans des pays pauvres et nous allons regarder la coupe du monde 2022 ou tapoter sur notre smartphone (le tout produit par des ‘esclaves’) tout en disant que Voltaire/Georges Washington/Dupont du 18eme etait un mechant car il avait des esclaves. Bonjour la contradiction (et merde a l’esclavage, qui’il soit ancient ou moderne).
    Il y aussi un effet proche interessant en histoire, ou le contexte se perds avec le temps: la dualite du dictateur/conquerant. Quand les victimes sont proches dans le temps et l’espace, on applique (a juste titre) un label ‘dictateur’/crime contre l’humanite sur l’individu , mais si on remonte assez dans le passe le meutrier de masse est glorifie en conquerant (Gengis Kahn, Cesar, etc).
    Voila j’espere que mes reflexions ne sont pas trop tangentielles.
    Vive ‘Mort a Credit’ et le ‘Voyage au bout de la nuit’.

    • Toujours un plaisir de te lire Benji! si Internet pouvait avoir ta réflexion, j’y passerais plus de temps 😉 Tes exemples sont pertinents, dans le même genre, tu as De Gaulle et la France Afrique… Toujours important de recadrer dans une perspective historique, dans un contexte, et d’accord avec toi, l’esclavagisme ancien ou moderne, c’est de la merde!

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